15 mai 2012
François Ruffin le 24 mai à Crest
11:24 Publié dans Culture / Aculture, Eco-logie, Education / Education populaire, Polis-cité et autres endroits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Hénin-Beaumont : les premières heures de la mission Mélenchon
Finalement, il y va. Et il n’est pas près de caler. Après une semaine de réflexion et de tergiversations avec ses alliés communistes, Jean-Luc Mélenchon repart au combat. Ce samedi, il est venu se déclarer candidat à la législative de la onzième circonscription du Pas-de-Calais. Le matin dans le train l’emmenant à Lens, alors que son attachée de presse, Sophia Chikirou, compte le nombre de boîtes aux lettres (« 51 000 »), le héraut du Front de gauche étudie encore de près la carte d’une circonscription qui lui était jusqu’ici totalement inconnue. A bientôt 61 ans, c’est la première fois qu’il met les pieds à Hénin-Beaumont, haut lieu du socialisme ouvrier, aujourd’hui en pleine décrépitude, et en passe de devenir le laboratoire du « FN dédiabolisé » de Marine Le Pen.
Le matin, Mélenchon reconnaît « un peu d’appréhension, car il faut se remettre en campagne, remettre en route une mécanique, après un long effort durant la présidentielle ». Mais dans le train du retour, il ne cache pas son soulagement, après une journée de présentation réussie. « Oui, je le sens bien. Il me faut encore le temps de bien me mettre la carte électorale dans la tête, et on va faire une belle campagne… », assure-t-il, confiant. Mais il s’empresse d’ajouter, comme pour signifier son détachement : « Après, si les gens préfèrent un bras cassé à moi, ce sera leur problème… »
Jean-Luc Mélenchon à la gare de Lens, le 12 mai 2012.© S.A
Si Mélenchon a finalement choisi d’être candidat, lui qui disait il y a encore un mois qu’il ne voudrait pour rien au monde devenir député, estimant être une « institution à (lui) tout seul », c’est qu’il n’avait peut-être pas estimé avoir réussi comme il l'espérait à la présidentielle. « Il y avait des avantages à rester eurodéputé. Ça permet de prendre du recul, d’avoir plus de disponibilité, confie-t-il. Mais je ne m’appartiens plus, je le vois bien. » Et l’amateur de western de faire un clin d’œil à John Ford : « La suite de la présidentielle ne pouvait être qu’une charge héroïque. » Le voici donc à nouveau en première ligne, « prêt à prendre la tranchée » et à « donner l’assaut ».
L’ancien candidat à la présidentielle n’a définitivement plus rien à voir avec le sénateur socialiste, plutôt prudent au moment d’affronter les urnes. Depuis qu’il a quitté le PS, il enchaîne sa troisième élection nationale en autant d’années, depuis les européennes de 2009, alors qu’il n’avait auparavant été élu que sénateur ou conseiller général. « Au PS, on vit dans un espace clos, où les postes sont déjà répartis. En dehors, il y a tout à conquérir », dit-il. Et pour sa première campagne législative, « JLM » semble plutôt serein, quand son parachutage pourrait avoir des airs de traquenard.
« Il y va, car c’est la difficulté, dit Alexis Corbière, l’un de ses lieutenants anti-FN. Le Pen, elle y est allée parce que c’était la facilité, entre souffrance sociale et PS pourri. Ce n’est pas gagné, mais le Front de gauche s’est toujours construit comme ça. La politique, c’est un combat. » «L’objectif, ce n’est pas de se faire élire facilement, mais c'est la rénovation de la gauche, renchérit Sophia Chikirou. C’est pour ça qu’on regardait vers les Bouches-du-Rhône ou le Pas-de-Calais. Là, en plus, il y a l’attaque frontale avec le FN. » Responsable nationale du Parti de gauche (PG), Laurence Sauvage, locale de l'étape et candidate dans la circonscription voisine, estime que si « Le Pen surfe sur le racisme social, à coups de slogan et de tracts s’appuyant sur des faits divers, Jean-Luc vient faire de la politique, sans complexe, sans casserole et sans peur ».
Un remake de « Bienvenue chez les cht'als » ?
« Mélenchon à Hénin-Beaumont, c’est un peu Jaurès à Carmaux, explique un proche du co-président du PG. Il y a des ouvriers à défendre et l’honneur de la gauche à relever, alors il y va ! Il ne s'agit pas de parachutage pour se faire élire confortablement. » Hors de question de louvoyer, Mélenchon ne va pas biaiser en jouant à “Plus chti que moi tu meurs”. Il n’a pas spécialement travaillé le contexte économique local: pour lui, l’assemblée sert à participer à l’écriture de la loi et à défendre le programme du Front de gauche.
« Quand il était sénateur, il était déjà législateur et pas du tout “super élu local” », rappelle l’un de ses collaborateurs, Laurent Mafféïs. La riposte aux procès en parachutage est déjà prête, face au FN : « Marine Le Pen a démissionné de son siège de conseil municipal en 2011, et Gollnisch ou Collard sont aussi parachutés… », argumente Alexis Corbière. Cette question est pourtant le principal écueil que redoutent les militants locaux. « J’ai trouvé une parade : quand t’as besoin d’un bon avocat, tu t’en fous qu’il habite dans ta ville », explique l’un à ses copains.
Devant les 300 militants et sympathisants réunis pour l’accueillir à Hénin-Beaumont, Mélenchon a tenu lui-même à se poser « les questions que vous n’oserez pas me poser ». Et d’assumer ainsi : « Oui, je suis un parachuté depuis que ma mère m’a mis au monde ! » Et « Non, celui qui est du coin, il ne connaît pas mieux ! Il connaît bien le coin. Mais il ne connaît pas forcément ailleurs. » « Vu son amour des langues régionales, il y a peu de chances qu’il se mette à parler chti », ironise un membre de son staff.
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Mélenchon à Hénin-Beaumont, le 12 mai 2012© S.A
Pour Mélenchon, l’opération Hénin-Beaumont a été réglée en moins d’une semaine. Après avoir été évoquée lundi dernier en conseil politique du Front de gauche, l’hypothèse a été validée par le comité de circonscription le lendemain. Aux manettes, pour que la mayonnaise prenne entre l’ancien trotskyste et une région communiste ultra-orthodoxe du PCF, Michel Laurent s’active. Frère de Pierre, le secrétaire national du PCF, et longtemps secrétaire aux élections et aux fédérations de Marie-George Buffet, il est l’homme fort (mais discret) de Colonel-Fabien.
Mercredi, il conduit Hervé Poly, le secrétaire fédéral du Pas-de-Calais et jusqu’ici candidat du Front de gauche à Hénin-Beaumont, auprès de Jean-Luc Mélenchon. Les deux hommes se connaissent très peu. La réunion a lieu à Bruxelles, et dure trois heures. Vendredi, les militants communistes approuvent à une quasi-unanimité la candidature de Mélenchon. Les mêmes, il y a quasiment un an, avaient pourtant rejeté à plus de 70 % l’idée d’un même Mélenchon candidat à la présidentielle. Les réticences et méfiances ont été levées, et le tribun de l’autre gauche peut s’offrir un remake de « Bienvenue chez les cht’als ».
Ce samedi, c’est avec des sanglots dans la voix qu’Hervé Poly présente la candidature Mélenchon à la presse, et donc sa mise en retrait derrière lui, comme suppléant. « On n’a pas arrêté de dire avec les camarades que c’était la meilleure campagne de la présidentielle, alors j’allais pas faire la fine bouche ! » Plus tard, il confie : « Les socialistes, je sais ce qu’ils nous ont pris. Et lui sait comment le reprendre. » Elément facilitateur de l’acceptation de Mélenchon par le PCF local : Philippe Kemel, qui est le candidat investi par le PS, a pris la mairie de Carvin au PCF en 2001, avec l’aide du RPR. « Il est très techno, raide, et viscéralement anti-communiste », dit de lui le secrétaire de la section communiste d’Hénin-Beaumont, David Noël.
La répartition des tâches est aussi affichée clairement. Hervé Poly sera « le député suppléant, et non le suppléant du député, dit Mélenchon aux militants. Il assurera la représentation politique dans la circonscription ». Patron du PCF du 62, Poly cite Maurice Thorez toutes les trois phrases et symbolise assez bien l’image de communistes locaux, réputés « un peu raides ». « Hervé est dans une histoire qui le submerge, il est habité par l’histoire de Thorez et d’un communisme qu’il n’a pas forcément connu, dit Mélenchon. Mais quand on se parle franchement, on est deux militants. Et il a dit oui en 24 heures… » Contrairement au PCF des Bouches-du-Rhône, qui a renâclé à une éventuelle venue de Mélenchon sur ses terres. « La poussée du Front de gauche emporte tout le monde, veut tout de même croire Mélenchon. Les communistes se posent des questions qu’ils n’auraient même pas envisagé de se poser il y a six mois. Et vice-versa… »
D’emblée, Mélenchon a voulu se faire rassurant face aux militants héninois. « Je ne suis pas un coucou », a-t-il lancé aux quelque 300 personnes venues échanger (en fait l’écouter), après la conférence de presse. « Je ne suis pas là pour faire mes petits dans le nid des autres, je viens ici pour aider les camarades sur la base d’une analyse qu’ils ont faite. » Là encore, la référence est cryptée, mais elle est habile. Le qualificatif de “coucou” a souvent été employé par les communistes pour désigner les trotskystes pratiquant l’entrisme.
« Jean-Luc va parler la langue du mouvement ouvrier »
« L’essentiel dans ce genre d’opération, c’est de ne surtout pas laisser penser qu’on pourrait s’incruster dans le paysage politique local », explique Mélenchon dans le train du retour vers Paris. Si Dominique, un militant local du PG, a la charge de trouver un appartement d’ici mardi, le siège local du PCF, inauguré le 17 avril à 50 mètres de la mairie, fera l’affaire comme QG de campagne. Et sitôt élu, sitôt Mélenchon sera reparti, annonce-t-il sans fard. « Vous entendrez ou lirez que le député du Pas-de-Calais propose un texte de loi dans l’hémicycle ou rencontre des représentants de l’autre gauche européenne, explique-t-il. Et si vous me voyez au Portugal, en Grèce ou en Italie, dites-vous que je serai à ma place. »
Définitivement, Mélenchon n’entend pas faire la moindre concession au localisme. Il ne s’engage, concernant sa circonscription s'il l'emporte, que sur « la mise en œuvre d’ateliers législatifs avec qui veut, afin de préparer ensemble les textes de loi. Car nous, on veut de l’implication populaire, pas du clientélisme !». L’ambition n’est pas mince, selon lui, et dépasse largement le bassin minier. « Je viens ici car c’est une bataille qui a une signification nationale et même, j’ose le dire, internationale. » Car selon lui, battre Marine Le Pen, c’est battre « la figure principale de l’extrême droite européenne ».
Même durant la campagne, « JLM » a prévu de tenir meeting à Strasbourg, mais aussi à Marseille, Montpellier ou en Île-de-France. Des endroits où il aurait pu également aller remplir sa mission législative. Mélenchon ne semble pas regretter son choix, bien que le Méditerranéen affichait samedi matin le visage intrigué et inquiet des Sudistes vivant leur premier jour d’installation dans le Nord-Pas-de-Calais. Mais, comme souvent, les préjugés tombent vite, et Mélenchon semble ému par les visages et les accolades de l’après-midi. « Ici, ça carbure à l’affectif. Et c’est plus émouvant que dans le Sud, en fait. »
« On va lui apprendre quelques formules et on sera ses relais locaux. Ici, on est des “boyaux rouges”». David Noël, le jeune secrétaire de section d'Hénin-Beaumont, également fils et petit-fils de figures communistes locales, est certain que Mélenchon saura se délecter des références ouvrières locales, comme autant de lieux de mémoire. Noyelles-Godault, la ville de naissance de Maurice Thorez. Le cimetière d’Hénin, et sa stèle de Vasil Borik, lieutenant de l’armée Rouge évadé du camp de prisonniers de Beaumont, avant de rejoindre les FTP du Pas-du-Calais, et d’être exécuté par les Allemands. La grève des mineurs de mai/juin 1940, déclenchée au puits de Dahomey, à Montigny-en-Gohelle…
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Le local du PCF à Hénin-Beaumont, le 12 mai 2012© S.A
Lors de sa discussion avec Mélenchon, mercredi à Bruxelles, Hervé Poly lui a lancé : « Ici, on assume l’enfant d’Arras ! » Message compris : devant les militants, le néo-candidat héninois s’est dit fier, au point d’avoir « rosi de bonheur », d’avoir été comparé à Robespierre durant la campagne. « Jean-Luc va parler la langue du mouvement ouvrier, dit Alexis Corbière. Celui que connaissent les gens ici et qu’ils n’entendent plus ou auquel ils ne croient plus. Tout le monde là-bas a eu un père, un grand-père ou un arrière-grand-père ouvrier. » La seule spécificité locale sur laquelle Mélenchon semble avoir envie d’insister, c’est la défense des lycées professionnels, nombreux dans la zone. L’ancien ministre est toujours aussi passionné quand il s’agit de défendre « l’intelligence de la main » et le bac professionnel.
Selon David Noël, les priorités de campagne seront économiques, « la préservation de l’emploi et de l’industrie, le pouvoir d’achat et les retraites ». Mais aussi européennes. « On va rappeler le vote du peuple bafoué. Ici, c’est plus de 75 % de non au référendum constitutionnel de 2005… » Lui ne pense pas que l’hypermédiatisation de la campagne sera contre-productive. « Les gens sont habitués depuis un moment, dit-il. De toute façon, ça ne se gagnera pas dans les médias, mais dans les porte-à-porte, les brocantes, les marchés, les bistrots. »
Branle-bas de combat militant
Pour battre la campagne, Mélenchon peut compter sur de raisonnables forces militantes. Une section d’une dizaine de militants PG vient de se créer récemment dans la circonscription. Et la fédération communiste demeure puissante. Rien qu’à Hénin-Beaumont, ils sont une cinquantaine d’adhérents. Les gros bras du service de haute protection des personnalités (SPHP) sont remobilisés, à la grande joie du staff mélenchonien avec qui le courant est passé. Y a-t-il pour autant des craintes d’affrontements physiques avec les militants du FN ? Mélenchon ne le souhaite pas, mais se méfie, tant les anicroches locales entre les partisans des deux Fronts se multiplient.
Pour l’orateur du Front de gauche, le duel doit se jouer sur un autre terrain. « Je veux la forcer à débattre, programme contre programme, laissons les invectives de côté », explique-t-il ainsi aux militants héninois. Par exemple sur l’immigration : « Elle veut mettre les immigrés à la mer ? D’accord. Comment on fait ? Chasser 200 000 clandestins, ça va prendre dix ans, à supposer que personne ne re-rentre… Et comment rattrape-t-on le manque à gagner, estimé à au moins 12 milliards par an ? » Ou sur la politique industrielle : « Une usine ferme, comment on fait ? Nous, on propose l’interdiction des licenciements boursiers et la planification écologique ! »
Laurent Mafféïs, le « deuxième cerveau » de Mélenchon, comme il l’appelle parfois, s’installe lui aussi à Hénin-Beaumont pour un mois. Jeune techno qui s’occupe de la collection du Parti de gauche aux éditions Bruno Leprince, il a publié il y a six mois un ouvrage sur les mensonges du FN, et connaît les lieux pour y avoir déjà tenu une réunion sur le Front national, durant la présidentielle. Selon lui, l’éducation populaire sera la clé du succès. « Autant que possible, il faudra multiplier les réunions, pour déconstruire les solutions proposées par le FN. Programme contre programme. Leurs solutions, et les nôtres. »
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Mélenchon à Hénin-Beaumont, le 12 mai 2012© S.A
Mélenchon l'a enfin assuré : il n’entend « pas sauter dans des cerceaux en flammes », mais a fixé un objectif bien précis aux “camarades”, à la façon de ces « tâches militantes » que les trotskystes aimaient tant se donner, et que Mélenchon a toujours conservées, de la Gauche socialiste au Parti de gauche. Il demande ainsi aux siens de tenir « une action ou une réunion par jour, dans chacune des 14 villes de la circonscription, d’ici jusqu’au premier tour. On va les suffoquer ! ». Réunions en plein air (« la force se renforce, quand elle se montre à voir », selon l’adage mélenchonien), écoutes collectives de discours ou d’émissions de télé dans les bistrots (sur le modèle de ce qui a été fait durant la présidentielle), et porte-à-porte intensif.
Pour Mélenchon, le militantisme historique n’est pas mort. « C’est la leçon principale de la présidentielle pour nous : là où on a milité, on a augmenté nos scores. Ce n’est plus comme avant, où tout le monde était politisé et avait des avis bien tranchés. Aujourd’hui, il y a une grande écoute dans les porte-à-porte. Nous avons pour nous la force du nombre et de la culture. » Et pour chauffer les troupes avant l’assaut, le formateur Mélenchon rappelle le premier de ses fondamentaux : « Le travail méthodique commence par le langage. Ici, ce n’est pas la terre de Marine Le Pen, ce n’est pas son bastion, son fief ou je ne sais quoi d’autre. Ici, c’est la terre du drapeau rouge, de la gauche ! »
Localement, tous saluent l’acte courageux, en espérant que cela permettra de garder la circonscription à gauche. Beaucoup sont passés aux alentours de midi au local du PCF, pour le dire à la presse. Ainsi l’ancien candidat à la mairie Pierre Ferrari, issu du Mouvement des jeunesses socialistes, et en rupture de ban avec le PS : « Quand le FN est si fort, les socialistes feraient mieux de mettre leur ego de côté, et de saisir la chance Mélenchon, il est temps de faire le ménage. » Ou encore l’ancien conseiller régional Alain Alpern, lui aussi socialiste déçu : « Kemel peut être devant au premier tour. A la présidentielle, Hollande fait 29 %, Mélenchon 15 %. C’est pas simple à combler comme retard, en seulement un mois, et l’étiquette de parachuté n’aide pas. Ce serait dommage, car la candidature Mélenchon est une excellente idée pour battre Le Pen. Ici, le personnel local est assez médiocre et incapable de le faire. »
Seule la candidate écologiste, Marine Tondelier (seule Héninoise de naissance à concourir), s’avoue dubitative, même si elle reconnaît « le courage de Mélenchon » : « Je me demande si la stratégie “Front contre Front” est la meilleure réponse à Le Pen. C’est une circonscription qui a besoin d’un gros travail de terrain et d’apaisement. Les gens en ont ras-le-bol de l’hypermédiatisation. Mais ça peut aussi être fait intelligemment… » De son côté, le communiste héninois David Noël est confiant : « En 2009, Le Pen a laissé passer sa chance historique. En pleine affaire de corruption et mises en examen du PS local, l’élection était pourtant imperdable… »
Mélenchon semble cependant sous-estimer l’implantation locale du FN, pourtant méthodique depuis une dizaine d’années. « Ils ne sont pas forts sur le terrain, ce n’est pas vrai, assène-t-il. Ce sont quatre alcoolos et dix dégénérés ! Et si vous leur demandiez combien ils sont payés pour tracter ? » L’homme a conservé une rancœur amère et pas encore digérée envers l’électorat du FN. « Il n’est pas prioritaire pour moi, je cherche à mobiliser la gauche et les abstentionnistes. C’est méprisant de dire qu’ils votent FN car ils souffrent. Nous ne sommes pas d’accord avec leur vote et nous leur dirons pourquoi », balance-t-il.
Le candidat du Front de gauche a bien vu que malgré la progression constante de Marine Le Pen, la gauche reste tout de même largement majoritaire, et que François Hollande a recueilli près de 60 % dans la circonscription, le 6 mai.
« Que chacun se débrouille avec sa conscience et son miroir ! »
Car l’objectif premier de Mélenchon est d'abord de passer devant le PS au premier tour. Les socialistes sont toujours plus divisés localement, les accusations de bourrages d’urnes internes se multiplient et des dissidences sont annoncées. Le député socialiste sortant Albert Facon, 69 ans élu pour la première fois en 1988, ne se représente pas. Elu en 2007 avec 58% des voix, contre 42% à Marine Le Pen, il a fait les frais des multiples règlements de compte internes au PS.
Mélenchon ne le cache pas, il compte bien avoir quelques tête-à-tête avec des cadres socialistes locaux. Un signe ? Guy Bedos a déjà proposé ses services pour venir faire un spectacle de soutien… Quant à sa vieille camarade Marie-Noëlle Lienemann, connue en Essonne à la fin des années 1970, et qui a essayé deux ans durant de s’implanter à Hénin-Beaumont, avant d’en repartir horrifiée, il ne l’a pas appelée, mais ne l’exclut pas, « en cas de besoin ».
La force électorale du clientélisme ne l’inquiète pas. « Je ne peux pas acheter, mais je peux convaincre », lance-t-il. Son objectif : « secouer les socialistes dans leurs convictions ». Et il appelle sans vergogne ses anciens camarades à une prise de conscience, face au socialisme local dévoyé. « J’ai été des leurs assez longtemps pour qu’ils puissent me donner leurs voix, quand même ! », dit-il. Comme un soulagement d’ancien cadre du PS ayant souvent fermé les yeux sur la situation, Mélenchon « confirme que les élections internes du PS du Pas-de-Calais sont truquées depuis 30 ans. J’ai toujours été accueilli de façon effrayante dans cette fédération. »
Pour autant, il ne souhaite pas mener une campagne de chevalier blanc. « Ce serait remettre le doigt dans leurs intrigues », dit celui qui a vu de près les affaires Urba et Sages au début des années 1990. En revanche, rejouer le rôle de mauvaise conscience de la direction du PS, qu’il a joué par intermittence durant ses vingt dernières années de parti, semble l’amuser. « Nous ne demandons rien, ne négocions rien. Que chacun se débrouille avec sa conscience et son miroir. »
La ligne de discours est claire, devant les militants, dénonçant à la fois PS et FN : « Nous ne venons pas vous bercer, vous cajoler, sortir des emplois cachés de notre musette. Mais nous vous demandons de choisir quelle est la solution à nos problèmes ! S’en prendre à l’immigré ou s’en prendre au banquier ? Pour nous, c’est le banquier !» Pour Laurent Mafféïs, de toute façon, « le processus compte autant que la victoire, voire plus. Tant pis si on perd, une étape importante aura été franchie, et on continuera ». « Ils sont devant, mais nous courons plus vite qu’eux », a l’habitude de dire Mélenchon, qui martèle aussi la certitude théorique, récurrente dans ses meetings, qu’« à la fin de l’histoire, ça se termine toujours entre nous et l’extrême droite ».
Alors, hors de question de se laisser entraîner dans des spéculations et des projections vers le second tour, comme lors de la présidentielle. « Cette fois-ci, je ne répondrai pas aux questions sur le désistement et l’appel à voter, explique-t-il dans le train du retour. Car je vais les plier. Tous ! »
14 mai 2012
L'Inspection du travail française tiermondisée
Notre Inspection du travail est décimée. Un état des lieux et un cri d'alarme de Bruno Labatut-Couairon, inspecteur à Sète.
Voici un an, le 4 mai 2011, Luc Béal-Rainaldy, inspecteur du travail et secrétaire général du syndicat SNU du Ministère du Travail, se donnait la mort dans les locaux des services centraux à Paris. Le 18 janvier dernier, Romain Lecoustre, inspecteur du travail, 32 ans, major de sa promotion, s'est pendu dans son département du Nord.
Comme dans les grandes entreprises publiques récemment privatisée, c’est l’Etat lui-même qui a organisé la dégradation des conditions de travail de ses agents, les conduisant parfois à la mort, déchirés entre le stress du service bien fait et la pression insupportable de la diminution des effectifs, ajoutés à la rentabilité à tout prix, au dénigrement et à l’absence de soutien de la hiérarchie.
2.000 agents pour 26 millions de salariés
L’Inspection du travail compte 2.000 agents : un tiers d’inspecteurs et deux tiers de contrôleurs. Ces agents ne sont pas sous l’autorité des Préfets concernant les suites qu’ils donnent à leurs contrôles afin d’éviter les tentatives d’influence, nombreuses tant les enjeux financiers sont grands en matière de main-d’œuvre.
L’Inspection du travail est le seul et unique corps de contrôle qui veille à l’application du Code du travail pour 26 millions de salariés.
Un inspecteur, deux contrôleurs et deux secrétaires (1,5 équivalant temps plein), voilà le schéma traditionnel de l’équipe d’une section d’Inspection du travail. Elle a compétence pour le contrôle de l’application de la réglementation en matière de rémunération, de durée du travail, d’hygiène et de sécurité des conditions de travail, sur l’ensemble des entreprises de son secteur.
Les secrétaires de ces services d’inspection en sont la moelle épinière, puisqu’elles sont les seuls agents sédentaires présents en permanence. Or la casse du service public exige leur non remplacement, de sorte que les agents de contrôle ne peuvent plus assurer leur mission principale, car ils sont contraints de rester de plus en plus souvent dans les bureaux. Pour se rendre sur le terrain, il leur faut donc réaliser de nombreuses heures supplémentaires non prises en compte au-delà de dix heures par mois.
De ce point de vue, l’Etat participe au travail au noir !
Un corps sciemment décimé
La suppression des Directions départementales du travail au profit des Directions régionales des entreprises n’avait, comme son nom l’indique, d’autre but que de marginaliser l’Inspection du travail et mettre l’ensemble des agents de contrôle d’une même région sous la tutelle unique et exclusive d’un Directeur régional des entreprises, de la concurrence de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE).
Dans le même temps, l’Etat charge France Domaine de vendre tous les locaux de son patrimoine immobilier où travaillaient ses fonctionnaires, relogés tant bien que mal dans des locaux reloués à prix d’or. Ces ventes profitent bien entendu à des privés qui bénéficient de prix bradés.
Pour mener à terme cette sape du corps, les Directeurs du travail, anciens inspecteurs du travail promus au choix, sont écartés en faveur d’autres corps (administrateurs civils, Mines, etc.) qui ignorent tout des pratiques et des prérogatives de l’Inspection du travail. Pire, ils s’en moquent puisqu’ils sont là pour les supprimer !
L’Inspection du travail est un des corps dans lesquels la promotion est la plus inexistante, les perspectives de carrière quasiment nulles et les primes les plus basses, si on les compare à celles perçues par Bercy.
La révision générale des politiques publiques (RGPP) impose aux Directeurs régionaux des entreprises, désormais chefs locaux de l’Inspection du travail, de faire fondre les effectifs coûte que coûte, sans souci aucun des situations concrètes de travail. Ils ont pouvoir de vie et de mort sur les services. Ce sont les exécuteurs des basses œuvres.
L’exemple de Sète
La section d’Inspection du travail de Sète est à ce titre, exemplaire : créée en 2003 dans «l’île singulière» par un directeur du travail soucieux du service public au plus proche des usagers, cette section est dirigée par un inspecteur du travail [Bruno Labatut-Couairon, en photo - ndlr] ; deux contrôleurs du travail l’assistent dans le contrôle des entreprises ; un contrôleur du travail est affecté au renseignement du public. Deux secrétaires assurent la logistique, accueillent le public, répondent au téléphone, enregistrent les élections professionnelles, dressent les procédures, rédigent les courriers... A partir de 2009, Sète doit assurer en outre le contrôle du travail maritime sur tout le littoral du Gard et de l’Hérault.
En 2011, le contrôleur du travail affecté au renseignement prend sa retraite. Il n’est pas remplacé. Le public grogne et continue de se présenter dans les services. Les agents présents sont en première ligne et doivent assurer, assumer la colère du public, les injures parfois.
Fin 2011, une des deux secrétaires réussit un concours et s’en va. A ce jour, Elle n’est toujours pas remplacée. Les trois agents de contrôle et la secrétaire restante portent désormais à bout de bras l’ensemble d’un service prévu pour fonctionner à cinq.
Au bord de l’épuisement, ils font appel à la Direction régionale pour que ces deux postes soient proposés et pourvus. Refus et menace de fermeture en réponse !
En fait, les hiérarques locaux ont juste à attendre les départs naturels qui s’opèrent dans toutes les administrations pour fermer les services et entasser les agents restant dans les chefs lieux de département ou de région, au prix d’un service public centralisé déplorable et de la dégradation de la santé des agents.
A Sète, les locaux de travail sont, depuis 2003, situés au rez de chaussée d’un immeuble d’habitation. Ce sont des locaux totalement inadaptés à l’activité, voire dangereux. Des locaux pouvant convenir sont pourtant libres sur le port de Sète, ils sont stratégiquement situés pour une Inspection du travail maritime dans un port. Ces locaux appartiennent à la région Languedoc Roussillon qui refuse de les louer à l’Inspection du travail de Sète. Son Président se réclame pourtant du socialisme, un parti traditionnellement soucieux des conditions de travail…
La Direction régionale des entreprises n’a pas soutenu ses agents basés à Sète et refusé de demander l’attribution de ces locaux. Il faudra une demande préfectorale qui restera, malgré tout, lettre morte.
L’Etat complice de cette destruction
Menacés en permanence de fermeture et méprisés par cette hiérarchie, les agents de contrôle sont soumis au stress de ces conditions de travail dégradées, où les agressions sont fréquentes. C’est lorsqu’ils sont lâchés par leur ministère que les inspecteurs et contrôleurs du travail en arrivent à des situations extrêmes.
Ce faisant, l’Etat lui-même balise l’environnement qui peut pousser ses propres fonctionnaires à se donner la mort. Dans le privé, l’employeur qui ne fait pas cesser une situation de harcèlement moral dont il a connaissance peut être poursuivi comme co-auteur. Mais l’Etat n’est pas soumis au droit privé ! Mieux, ses cadres orchestrent les conditions du burn-out des agents, de leur harcèlement organisationnel. Ce sont les mêmes qui jouent ensuite les vierges effarouchées, scandalisés par les suicides dans leurs ministères et qui créent des commissions pour endormir la colère des agents et continuer leur sale boulot ! Quelle hypocrisie.
Et pourtant : les fonctionnaires de l’Inspection du travail sont les bras et les jambes de l’Etat pour la mise en œuvre de sa politique et la protection des droits des salariés. En se coupant les bras et les jambes, l’Etat a sciemment organisé son incapacité à intervenir de quelque façon que ce soit sur le marché du travail. Il a sous traité l’ensemble des prérogatives d’accès et de soutien à l’emploi aux chambres consulaires, à Pôle Emploi et à d’autres organismes, de façon à vider complètement le Ministère du travail de ses compétences et de sa substance.
Objectif : faciliter la dérégulation du travail
Aujourd’hui, l’Inspection du travail française est totalement paralysée, ses agents sont malades de stress. La révision générale des politiques publiques l’a mise à bas.
C’était la volonté de nos gouvernants : accentuer la dérégulation du travail qui s’opère déjà au niveau européen, dans le bâtiment notamment. Le secteur de l’aide à domicile occupe également des milliers de salariés dans des circonstances parfois effrayantes, tant au niveau des conditions de travail que de la durée du travail et de la rémunération. Le travail au noir est toujours un sport national et l’Etat n’a jamais agit réellement pour le faire disparaitre. Il promulgue des lois qui ne sont pas appliquées sur le terrain : dans certains établissements de restauration saisonnière, les serveurs font facilement 50 heures de travail hebdomadaires en saison, payées 35 !
Les condamnations pénales sont inexistantes ou très insuffisantes. Parfois même, ce sont les procureurs de la République eux-mêmes qui fustigent les inspecteurs du travail lors des audiences en les accusant de déranger les services (restauration) et la bonne marche de l’entreprise !
En brimant et en méprisant ses fonctionnaires, l’Etat français s’est amputé volontairement de ses yeux, de ses oreilles, de ses bras et jambes sur le terrain du travail. Il a délaissé les salariés en prônant toujours moins de réglementation sociale, alors que celle déjà existante n’est pas appliquée.
Aujourd’hui, les 2.000 contrôleurs et inspecteurs du travail, cantonnés plus de la moitié de leurs temps à des tâches administratives, sont devenus inopérants. De fait, la volonté gouvernementale de les éloigner du terrain a réussi.
La France a rejoint le camp de ces démocraties fantoches où les services de l’Etat n’ont plus aucun pouvoir de par la faiblesse de leurs effectifs. Et ce n’est pas en diminuant le nombre d’inspecteurs et contrôleurs, mais plus malignement en supprimant les secrétariats des services, qu’ils ont neutralisé les seuls recours des salariés du secteur privé contre l’arbitraire et l’illégalité. Et ces 26 millions de travailleurs, ainsi pris en otage, n’ont hélas pas leur mot à dire sur les services qu’ils veulent se voir apporté par l’Etat...
Bruno LABATUT-COUAIRON
Inspecteur du travail, Président du syndicat CFTC du Ministère du travail
Actu Chomage / Samedi, 12 Mai 2012
09 mai 2012
L'élection est passée, d'autres se profilent, la lutte continue !
L'élection, le 6 mai 2012, de François HOLLANDE à la présidence de la République marque un tournant important, indéniable. A l'école des « réalités », comme on nous le ressasse depuis 20 ans, notre joie est mesurée ! Nous n'attendions pas le Messie et c'est... tant mieux !
Certes, nous ne pouvons que nous réjouir de la sanction infligée au Président sortant, le président du mépris de personnes et des cultures affiché avec cynisme, le président de l'austérité proclamée au service des banques et des puissants, le président des valeurs de la République vendues aux « idéaux » nauséabonds de la droite extrême, le président de la xénophobie d'Etat... !
Le tournant du possible ?
Ne nous leurrons pas. Malgré quelques timides avancées, dans le domaine de la solidarité qui nous concerne plus spécialement, les mesures annoncées dans le programme présidentiel aujourd'hui ne remettent pas fondamentalement en cause les politiques d'exclusion, de discrimination, de stigmatisation des étrangers et des populations pauvres, que nous combattons depuis plus de 20 ans !
Le plus dur nous attend :
- persuader une opinion largement contaminée par le venin de l'extrême droite que la stratégie du bouc-émissaire ne mène à rien d'autre qu'à accroître dangereusement les discriminations et les divisions, et qu'il nous faut désarticuler les mensonges honteux devenus mensonges d'Etat,
- renforcer les réseaux de solidarité, sur des bases claires qui seules permettront de faire avancer les choix d'égalité des droits dans le respect de la dignité des personnes, françaises ou étrangères, avec ou sans papiers, pour lesquels nous ferraillons depuis tant d'années.
A ce prix là seulement, nous pourrons faire vivre les revendications qui sont les nôtres:
- Respect du droit d'asile
- Régularisation de toutes les personnes sans papiers par une carte de 10 ans
- Suppression de tous les lieux d'enfermement
- Citoyenneté de résidence par l'octroi du droit de vote à toutes les élections
- Libre circulation et installation des personnes !
Cela nécessite plus que des propos incantatoires et des déclarations d'intention !
C'était le sens de l'appel à la mobilisation, adressé il y a quelques mois à tous nos partenaires, car ce sont les luttes qui font avancer la prise de conscience citoyenne et l'EGALITE des DROITS. « Nous sommes le mouvement social » !
Le Bureau Fédéral de la FASTI pour le Mouvement des ASTI
Législatives: des ministres et ténors UMP sur la sellette
Mediapart / 08 mai 2012 |
Jean-François Copé a réuni lundi un bureau politique exceptionnel consacré aux législatives, « rien que les législatives, toutes les législatives ». L'objectif : rappeler qu'il n'y a « aucune place pour les querelles de personnes ». Du moins pas avant les élections des 10 et 17 juin. L'UMP est en état d'alerte. Le 6 mai, François Hollande est arrivé en tête dans 333 des 577 circonscriptions françaises (chiffres du ministère de l'intérieur). Environ un tiers des députés de la majorité sortante (dont 24 Nouveau Centre) sont en situation délicate.
L'unique préoccupation de la droite est donc, à court terme, d'éviter une vague rose en juin. En 1981, dans la foulée de l'élection de François Mitterrand, le PS avait raflé 58 % des sièges à l'Assemblée nationale. En 1997, après la dissolution catastrophe de Chirac, les ministres avaient été battus en nombre.
Signe que l’inquiétude est importante dans les rangs de l’UMP, la défection surprise, lundi, d’Alain Juppé dans la 2e circonscription de Gironde. Le maire de Bordeaux avait dit publiquement, à plusieurs reprises, qu'il se présenterait aux législatives, « quel que soit le résultat de l'élection présidentielle ». Le maire de Bordeaux avait perdu avec fracas, en 2007, cette circonscription détenue par la droite depuis 1946 (il avait dû démissionner du gouvernement). Lundi, le score de François Hollande à Bordeaux (57 %) et dans sa circonscription (59 %), jamais atteint dans ce type d'élection pour le PS, l’a convaincu de se retirer.
L’UMP n’est pas seulement menacée par la dynamique victorieuse de la gauche à la présidentielle. Elle redoute aussi le poids du Front national : 18 % en 2012 contre moins de 0,5 % en 1981 (il fut absent de la présidentielle). Le FN pourrait déstabiliser les candidats UMP dans un grand nombre de circonscriptions (lire notre décryptage). D’autant que Marine Le Pen, bien décidée à « faire exploser l’UMP », a mis sur pied une « liste noire » de personnalités de l'UMP à faire battre. Dans la ligne de mire, des personnalités qui, selon Bruno Gollnisch, ont « dit préférer » un « candidat socialo-communiste au Front national ». Sont notamment visés : Nathalie Kosciusko-Morizet, Chantal Jouanno (sénatrice qui n'est pas candidate), Claude Guéant ou encore Jean-François Copé.
Le décryptage des résultats du second tour, circonscription par circonscription, démontre le risque de défaite pour les législatives. Bien sûr, la présidentielle n’est pas les législatives. Les contextes locaux seront cruciaux, l’antisarkozysme pèsera beaucoup moins, et certains ténors pourront compter sur leur notoriété ou leur implantation. Mais ces projections révèlent l’ampleur du recul de la droite par rapport à 2007. Dans un certain nombre de villes, la présence d’une personnalité de l’UMP n’a pas empêché à la gauche d'arriver en tête. Si certains poids lourds de la majorité sauveront sans doute leur siège, les résultats seront bien plus serrés qu'il y a cinq ans. Tour d’horizon des ténors menacés.
Jean-François Copé
C'est l'une des surprises de la présidentielle. A Meaux, ville où Jean-François Copé est député et maire, François Hollande distance largement Nicolas Sarkozy (54 % contre 46 %). Ce dernier perd même 6,4 points par rapport à 2007. Dans la circonscription du patron de l’UMP, la droite reste tout de même nettement en tête (52 %). En juin, le patron de l'UMP devra affronter Marie-Christine Arnautu, la vice-présidente du FN, dans un département où les frontistes ont réalisé des percées.
Xavier Bertrand
Xavier Bertrand avait été élu député dès le premier tour dans l’Aisne, en 2007. Cinq ans après, le ministre du travail n’est pourtant pas à l’abri d'une mauvaise surprise. Hollande arrive nettement devant dans sa 2e circonscription (52,6 %) mais aussi, de façon plus surprenante, dans sa ville de Saint-Quentin (54,8 %), où Sarkozy a perdu près de 7 points en cinq ans.
Laurent Wauquiez
Dans la Haute-Loire, le ministre de la recherche va devoir batailler ferme. Bastion conservateur, le département a donné l’avantage à Hollande avec 51,4 %. Un résultat historique. Nicolas Sarkozy arrive de justesse en tête (0,4 point devant) dans sa circonscription (la 1re). Au Puy-en-Velay, sa ville – et chef-lieu du département –, le candidat socialiste recueille 55,9 % tandis que Sarkozy perd plus de cinq points par rapport à 2007.
Hollande en tête dans plusieurs villes de ministres
Patrick Devedjian et André Santini
Dans les Hauts-de-Seine, département de Nicolas Sarkozy, celui-ci totalisait 55,6 % en 2007. Cinq ans plus tard, il franchit péniblement les 50 %, talonné par Hollande (1 point derrière). Les suites logiques d'un bastion sarkozyste qui ne cesse de se fissurer, comme Mediapart l'a raconté au fil du quinquennat (lire ici, là ou encore là). Patrick Devedjian a du souci à se faire : dans la 13e circonscription, comme à Antony, où il est élu, le PS récolte plus de 52 %. Le président du conseil général en est conscient et tente depuis plusieurs années de se démarquer du camp Sarkozy-Balkany (lire notre entretien).
Même chose pour l’ancien secrétaire d’Etat centriste, André Santini : dans sa ville d’Issy-les-Moulineaux comme sa circonscription, Hollande est très largement en tête (respectivement 51,7 % et 53,5 %). Danger aussi pour les sarkozystes Philippe Pemezec et Manuel Aeschlimann, celui-ci devant également affronter la candidature dissidente de Rama Yade.
Guillaume Peltier et Hervé Novelli
En Indre-et-Loire, Sarkozy s’incline au second tour face à Hollande qui réalise 4 points de plus que Royal en 2007. Deux figures locales de l’UMP pourraient ne pas être élues (ou réélues) en juin. Dans la 4e, l’ancien secrétaire d’Etat et secrétaire général adjoint, Hervé Novelli, est menacé par les 52 % de François Hollande. Dans la 1re, Guillaume Peltier, porte-parole adjoint de Sarkozy pendant la campagne, devrait être battu par le sortant socialiste, Jean-Patrick Gille. Dans cette circonscription, non seulement Sarkozy a été écrasé le 6 mai (43,4 % contre 56,6 %), mais la droite est divisée. Le profil droitier de Peltier, ancien du FN et ex-bras droit de Philippe de Villiers, ne colle pas avec la sociologie locale, plus modérée (lire notre enquête).
Michèle Alliot-Marie
“MAM” est menacée dans la 6e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, où François Hollande a réuni 51,6 % des suffrages ce dimanche. Mais l’ancienne ministre de la défense pourra compter sur sa notoriété et son enracinement. Elue depuis 1986, elle a été réélue en 2007 avec plus de 58 %.
Nadine Morano
Rien n’est acquis non plus pour Nadine Morano dans la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle, historiquement compliquée pour la droite (elle a oscillé entre PS et UDF jusqu’en 2002). Le 6 mai, Sarkozy est arrivé en tête (52,8 %), mais à Toul, ville de la ministre, il a perdu près de 6 points par rapport à 2007. La ministre misera sur sa popularité et son implantation.
François Baroin, Benoist Apparu, Luc Chatel, Bruno Le Maire
Cas de figure similaire pour ces quatre jeunes ministres respectivement candidats dans l’Aube (3e), la Marne (4e), la Haute-Marne (1re) et l’Eure (1re). Si Nicolas Sarkozy arrive en tête dans leurs circonscriptions, Hollande est largement devant dans leurs villes de Châlons-en-Champagne (où Apparu est adjoint au maire), Chaumont (où Chatel est maire), où les résultats s’inversent par rapport à 2007. Il est aussi devant à Evreux, chef-lieu de l’Eure. A Troyes, ville de Baroin, Sarkozy devance Hollande de moins de 200 voix. Il sera difficile au ministre de l’économie d’être réélu, comme en 2007, dès le premier tour.
NKM et Georges Tron
Dans l’Essonne, où Hollande dépasse son score national de 1,7 point, deux anciens ministres sont en situation délicate. Dans la 4e circonscription, celle de Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole de la campagne de Sarkozy, le PS recueille certes 49 %, mais il arrive en tête (51 %) dans sa ville de Longjumeau. L’ancienne ministre de l’environnement devra miser sur sa notoriété et sur son avance de 2007 (elle avait été élue à 56 %). L’ancien ministre villepiniste Georges Tron voit lui aussi la gauche arriver en tête dans sa 9e circonscription et à Draveil (53,2 %).
Valérie Rosso-Debord et Sébastien Huyghe
Pour les deux députés riposteurs de l’UMP, la situation est compliquée. Dans la 3e de Meurthe-et-Moselle, Valérie Rosso-Debord devra ramer à contre-courant puisque Hollande a totalisé 58,9 % des voix. Dans la 5e du Nord, Sébastien Huyghe, tombeur de Martine Aubry en 2002, devra composer, sur cette terre de gauche, avec un PS arrivé légèrement devant (50,3 % contre 49,7 %).
La moitié des députés Nouveau Centre menacés
Benjamin Lancar, Bruno Beschizza, Salima Saa
La mission est quasi impossible pour ces figures montantes de l’UMP, qui disputent leurs premières élections législatives dans des terres de gauche, où Hollande a recueilli entre 58 et 67 % : Benjamin Lancar, président des Jeunes Populaires à Paris (IIIe et Xe arrondissement), Bruno Beschizza en Seine-Saint-Denis et Salima Saa à Roubaix (Nord).
Les figures UMP de l’Assemblée
François Hollande est également arrivé en tête dans les circonscriptions du président de la commission des lois, Jean-Luc Warsmann (Ardennes), de celui de la commission des affaires étrangères, Axel Poniatowski (Val-d'Oise), et des deux des vice-présidents de l'Assemblée nationale, Louis Giscard d'Estaing (Puy-de-Dôme) et Marc Le Fur (Côtes d'Armor). Chez ces deux derniers, Hollande monte même à plus de 55 %.
Eric Raoult
Sarkozyste historique, le député Eric Raoult voit la gauche arriver nettement devant dans sa 12e circonscription de Seine-Saint-Denis (52,4 %). Au Raincy, où il est maire, en revanche, Sarkozy reste largement en tête (62,2 %).
Edouard Courtial
Dans la 7e de l'Oise, le sarkozyste Edouard Courtial, secrétaire d'Etat aux français de l'étranger, est en position défavorable : François Hollande a rassemblé 51,5% au premier tour.
Renaud Muselier
A Marseille, le candidat socialiste arrive en tête (lire le décryptage détaillé de Marsactu). Même dans la 5e circonscription de Muselier, malgré le redécoupage opportun d'Alain Marleix, spécialiste électoral de Sarkozy, Hollande termine devant avec 50,2%. La symbolique est forte. En cas de triangulaire avec le FN comme de duel avec le PS, la situation sera difficile pour l'homme fort de l'UMP à Marseille.
Yves Jégo
Député et maire de Montereau, vice-président du parti radical, Yves Jégo a critiqué la « lepénisation » de l’UMP en mai 2011, s’est présenté aux sénatoriales en septembre contre le parti présidentiel, avant d'apporter à nouveau son soutien à Sarkozy en octobre. Difficile donc de se détacher du bilan du président sortant. Dans sa 3e circonscription de Seine-et-Marne, Nicolas Sarkozy arrive de justesse en tête (0,6 %), mais Hollande cartonne dans sa ville de Montereau, avec plus de 63 %. « Montereau a toujours voté à gauche ! » se défend Jégo sur Twitter. Mais en 2007, le PS était près de 11 points en dessous.
Au Nouveau Centre
Outre André Santini, près de la moitié des députés sortants du Nouveau Centre sont en situation difficile, selon Le Monde. Notamment Jean-Christophe Lagarde, l'un des porte-parole adjoints de Sarkozy pendant la campagne: dans sa circonscription de Drancy (Seine-Saint-Denis), Hollande atteint 66,4%.
Les vides laissés par François Fillon et Thierry Mariani
Le premier ministre se parachute à Paris, dans la 2e circonscription, à cheval sur le très bourgeois VIIe arrondissement de Rachida Dati. Il délaisse donc sa 4e circonscription de la Sarthe, où Stéphane Le Foll, proche de Hollande, pourrait profiter des 52,6 % du PS à la présidentielle. D’autant que le candidat UMP, Marc Joulaud, ne bénéficie pas de la même notoriété.
Dans la 4e du Vaucluse, celle de Thierry Mariani, Nicolas Sarkozy cartonne logiquement à 60 %. Mais la mauvaise surprise pourrait venir du FN, arrivé en tête au premier tour, y compris à Valréas, la ville du chef de file de la Droite populaire (30,6 % contre 25,1). Une alliance entre le FN et Jacques Bompard, le président de la Ligue du Sud, pourrait fortement menacer ce siège de l’UMP. D'autant que le départ de Mariani, député depuis 1993, mais désormais candidat des Français de l'étranger, crée un vide. Il laisse sa place à Bénédicte Martin, conseillère régionale Paca. Alain Marleix s'est lui-même dit inquiet.
11:49 Publié dans Droits et devoirs d'insurrection, Polis-cité et autres endroits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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08 mai 2012
Préparons la sociale dès maintenant !

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Sans-papiers S'organiser contre l'expulsion – Que faire en cas d'arrestation ?

La brochure « Sans-Papiers : s’organiser contre l’Expulsion. Que faire en cas d’Arrestation ? » a été révisée pour la dernière fois en septembre 2009. Depuis, les lois ont profondément changé et elle était devenue inutilisable. La présente version, terminée en février 2012, tient compte de ces modifications. Elle s’appuie autant que possible sur l’expérience pratique de l’application des nouvelles lois (surtout dans la région parisienne). Cependant cette expérience est encore limitée. D’ailleurs, l’interprétation des nouveaux textes fait débat et de futures modifications sont probables. Nous nous efforcerons de mettre à jour cette brochure au besoin.
Cette brochure a pour but de trouver des moyens pour s’opposer concrètement aux expulsions et ne sert donc pas pour constituer un dossier de régularisation. D’autre part, ce sera à chacun de l’adapter à sa situation. Par ailleurs, selon les juges, des décisions différentes peuvent être prises dans des situations identiques. La justice de classe est aussi une loterie.
Pendant que les lois défilent, la chasse aux sans-papiers s’intensifie, comme la répression tous azimuts, d’autant plus qu’en ce temps de crise les boucs émissaires sont de plus en plus nécessaires. Aussi faudra-t-il envisager de nouveaux moyens de lutte et se les communiquer. Si vous avez des commentaires et surtout des expériences à nous transmettre, vous pouvez écrire à : anticra@laposte.net
Pour ceux qui sont en région parisienne, vous pouvez rencontrer des personnes travaillant sur la brochure lors de la permanence «Sans papiers: s’organiser contre l’expulsion»: tous les 1er samedi du mois, de14h à 18h, au local « Le Rémouleur »,106 rue Victor Hugo 93170 Bagnolet (métro Robespierre ou métro Gallieni).
Appel aux dons pour la diffusion de cette brochure – janvier 2012
Cette brochure décrit la procédure à laquelle sont confrontées les personnes sans-papiers lorsqu’elles sont arrêtées par la police et donne des conseils juridiques et pratiques pour s’en sortir au mieux. Elle s’adresse autant aux personnes sans papiers qu’à leur entourage et à toutes celles et ceux qui luttent contre la machine à expulser. La nouvelle loi sur l’immigration de juillet 2011 a modifié les procédures d’expulsion, ce qui nécessitait de réécrire entièrement cette brochure. Ce travail est bientôt fini. Nous avons besoin d’argent pour payer l’impression de la nouvelle version ainsi que pour sa traduction en anglais, arabe et chinois.
Si vous souhaitez participer à diffuser la brochure, aider à la traduire ou simplement prendre contact avec nous, vous pouvez nous écrire à : anticra@laposte.net
Si vous souhaitez envoyer de l’argent, vous pouvez envoyer vos chèques à l’ordre de :
Martin Zerner, à l’adresse : La Brochure « sans papiers » au Rémouleur 106, rue Victor Hugo 93170 Bagnolet
La brochure " Sans papiers : s'organiser contre les expulsions "
16:15 Publié dans Droits et devoirs d'insurrection, Polis-cité et autres endroits, Sans papier-e-s | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Hollande arrive en tête à Crest
Politique Le futur président de la république a obtenu 57,2 % des suffrages exprimés.

« Cinq, quatre, trois, deux, un, zéro ! » Explosion de joie, hier soir à pile 20 heures, dans le local de campagne du Parti Socialiste installé dans la rue du Général-Berlier. Les élus et responsables socialistes locaux ont au moins deux bonnes raisons de se réjouir : François Hollande est élu président de la république, et il arrive nettement en tête dans la ville de Crest, avec 57,2 % des suffrages exprimés. Soit bien mieux que Ségolène Royal (PS) en 2007, qui avait fait 50,89 %.
Des sept bureaux de vote crestois, un seul aura donc placé en tête Nicolas Sarkozy : celui de Moulinages-Soubeyran, où le candidat de l’UMP fait 53,34 % et où, pour la petite histoire, votait le député-maire Hervé Mariton (UMP).
Dans les six autres bureaux, c’est le candidat socialiste qui le devance, avec des scores compris entre 52,91 % à Georges-Brassens et… 73,99 % à l’ancienne école Dumont, bureau ancré à gauche de longue date et devenu dimanche le théâtre d’un plébiscite hollandais… à quelques enjambées du bureau du maire.
Ce dernier interprétait toutefois en le pondérant, dimanche soir, le résultat crestois de ce second tour de l’élection présidentielle.
« Ce n’est pas un résultat dont je me satisfais. Je note qu’on a à Crest, depuis un certain temps et dans des élections où je ne suis pas candidat, des scores assez significatifs de la gauche. Ségolène Royal avait été majoritaire au second tour à Crest en 2007. François Hollande l’est aussi, je le regrette mais j’en prends acte. Au plan national, Hollande fait cinq point de plus que Royal en 2007, et à Crest six points de plus, l’écart avec 2007 n’est donc pas énorme. »
Côté PS, le leader de l’opposition municipale Samuel Arnaud ne cachait pas sa joie quant au résultat crestois. « Comme je l’ai dit au premier tour, ce résultat de François Hollande à Crest est une chance et une responsabilité. Il prouve à tous les Crestois que Crest n’est résolument pas une ville de droite. Le score d’Hollande est historique ici, un tel écart ne s’est jamais vu. Et en nombre de voix, c’est 665 voix d’écart et c’est plus que ce qu’il nous a manqué aux dernières municipales. Une autre chose m’a frappé : dimanche soir au bureau centralisateur d’Armorin, il y avait beaucoup de jeunes. C’était impressionnant, et cela montre que les jeunes s’intéressent à la politique ».
Le Dauphiné Libéré - Pierre LASTERRA - 08/05/2012
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